Accouchement-3-questions-essentielles-sur-l-episiotomie

«La sage-femme qui donne les cours de préparation à l’accouchement pense que nous ne devrions pas systématiquement subir d’épisiotomie. Mon médecin trouve que c’est absurde. Je ne sais que penser.»

Subir ou non une épisiotomie ? Voilà une question sur laquelle se battent certains obstétriciens, des monitrices de cours de préparation à l’accouchement et des féministes, et, au cœur du débat, on retrouve la femme enceinte.

La procédure chirurgicale mineure qui est au centre de cette controverse animée a pris origine en Irlande en 1742, pour faciliter les naissances difficiles, mais elle n’est devenue pratique courante qu’au milieu de ce siècle. Aujourd’hui, on pratique l’épisiotomie (une incision chirurgicale que l’on fait dans le périnée pour agrandir l’ouverture du vagin juste avant de délivrer la tête du bébé) dans 80% à 90 % des premiers accouchements et dans environ 50% des accouchements suivants.

Il existe deux principaux types d’épisiotomie : la médiane et la médio-latérale. On peut pratiquer l’incision médiane tout droite en direction du rectum. En dépit de ses avantages (elle procure plus d’espace à chaque centimètre d’incision, cicatrise bien, est plus facile à suturer, saigne moins et elle est moins douloureuse après l’accouchement), on utilise moins ce genre d’épisiotomie parce qu’elle présente un plus grand risque de déchirure jusqu’au rectum. Pour éviter cette déchirure, la plupart des médecins préfèrent l’incision médio-latérale, qui part vers le côté plutôt qu’en direction du rectum.

La sagesse médicale bien cartésienne a admis l’utilisation de l’épisiotomie pour différentes raisons: ses bords nets sont plus faciles à recoudre qu’une déchirure imparfaite; si elle est pratiquée au bon moment, elle peut prévenir les déchirures des muscles du périnée et du vagin; elle empêche la tête du fœtus de se heurter au périnée; et bien souvent elle écourte la poussée de 15 à 30 minutes — en particulier dans les cas où il y a des indices de souffrance fœtale ou que la mère est fatiguée.

Les opposants ripostent en prétendant que l’épisiotomie est une intrusion technologique, absolument inutile et antinaturelle, dans le processus de la naissance. Ils avancent que les incisions sont beaucoup plus grandes que ne le seraient les déchirures, et qu’elles occasionnent des saignements excessifs, des malaises immédiats après la naissance, des relations sexuelles douloureuses pour les mois à venir et une possibilité d’infection En contrepoint, ils préconisent les exercices de Kegel et des massages locaux qui préparent et renforcent le périnée avant l’accouchement, évitent le recours à l’épisiotomie et, l’espèrent-ils, les déchirures. Malheureusement, les résultats ne répondent pas toujours à l’attente : certaines femmes qui ne subissent pas d’épisiotomie ont des déchirures suffisamment importantes pour nécessiter une suture, voire des déchirures sérieuses qui s’étendent jusqu’au rectum.

Ce que refusent de reconnaître les inconditionnels (ceux qui font des épisiotomies systématiques, même lorsque ce n’est pas nécessaire, et ceux qui ont l’habitude de ne pas en faire, même quand le besoin se présente), c’est que « subir ou non une épisiotomie » est une question dont on ne devrait pas débattre dans les cours ou dans les cabinets médicaux, mais la poser plutôt dans les salles de naissance et d’accouchement, au moment où la tête du bébé apparaît dans l’anneau vulvaire. C’est à ce moment-là seulement qu’un obstétricien impartial peut porter un jugement réaliste sur la capacité du périnée à s’étirer suffisamment pour laisser passer la tête du bébé, sans se déchirer ni compromettre la santé de la mère et du bébé en prolongeant le travail. Un médecin ou une sage-femme prudents, en cas de doute, opteront en général pour l’épisiotomie contrôlée au lieu de risquer une déchirure incontrôlée.

Quelle décision devrait prendre la femme enceinte au sujet de l’épisiotomie ? Aucune. Elle peut se faire une opinion et en discuter avec son médecin ou sa sage-femme pour qu’on en tienne compte au moment de l’accouchement. Mais la décision incombera à l’accoucheur en privilégiant un accouchement rapide et sans danger pour le bien-être de la mère et du bébé.

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